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Trois questions avant de conclure qu’un travailleur a pris un raccourci

Avant de qualifier un écart de comportement, il faut vérifier trois conditions matérielles. Elles prennent quelques minutes à valider et elles changent complètement la conclusion.

Un écart de cadenassage vient d’être constaté.

Avant d’en faire une question de comportement, trois vérifications. Elles se font en quelques minutes, sur place, et elles suffisent le plus souvent à faire basculer la conclusion.

1. La procédure était-elle disponible là où le travail se fait ?

Pas dans un classeur au bureau du superviseur. Pas dans un répertoire partagé auquel le mécanicien n’a pas accès depuis le plancher. À la machine, ou à quelques pas d’elle.

La réglementation québécoise est explicite sur ce point : les procédures doivent être facilement accessibles sur les lieux où les travaux s’effectuent, dans une transcription intelligible, pour consultation par toute personne ayant accès à la zone dangereuse. « Facilement accessibles sur les lieux » ne se satisfait pas d’un intranet.

Si la réponse est non, l’écart n’est pas un contournement. C’est une absence d’outil.

2. Tous les points de coupure qu’elle nomme sont-ils physiquement cadenassables ?

C’est la vérification que presque personne ne fait, et c’est celle qui produit les découvertes les plus gênantes.

Une valve dont la poignée n’accepte aucun dispositif de cadenassage. Une valve corrodée qui ne se ferme plus complètement. Un sectionneur dépourvu de témoins lumineux, ce qui rend impossible la vérification visuelle de l’absence de tension — alors que la vérification est une étape obligatoire de la séquence. Un manomètre brisé ou illisible sur un point de vérification hydraulique.

Dans chacun de ces cas, la procédure décrit un geste que le matériel ne permet pas de poser. Le travailleur qui « n’a pas suivi la procédure » a en réalité fait la seule chose possible : autre chose

3. La procédure correspond-elle à la tâche réellement exécutée ?

Une fiche écrite pour un démontage complet ne décrit pas le travail d’un opérateur qui débloque une trémie. Une fiche rédigée à la mise en service d’une ligne ne décrit plus rien si la ligne a été modifiée depuis — et la réglementation impose justement la révision des procédures chaque fois qu’une machine est modifiée ou qu’une défaillance est signalée.

Quand l’écart entre la procédure et la tâche devient trop grand, l’opérateur ne choisit pas entre « suivre » et « ne pas suivre ». Il choisit entre appliquer une procédure qui ne correspond pas à ce qu’il fait, ou faire son travail. Il fait son travail.

Ce qu’on en fait

Chacune de ces trois questions débouche sur une action différente, et aucune n’est une mesure disciplinaire.

Une procédure indisponible se règle par un support physique à la machine. Un point de coupure non cadenassable entre au plan d’action, avec un propriétaire et une date. Une procédure qui ne correspond plus à la tâche se réécrit — et le plus souvent, elle se réécrit dans un autre mode de contrôle que la mise à l’énergie zéro complète.

Ces trois actions ont un point commun : elles suppriment la condition qui a produit l’écart. Une sanction ne fait pas ça.

Opérations SST International intervient chez les manufacturiers pour mesurer l’écart entre le travail prescrit et le travail réel, puis pour remettre la méthode, l’équipement et la cadence en accord avec la tâche telle qu’elle s’exécute. C’est ce que nous appelons aller du point de douleur au point de contrôle®.


Le point de douleur est ce qui vous a fait appeler : l’événement, la visite, la cotisation.


Le point de contrôle est en amont, dans le système qui produit silencieusement vos pertes non comptées.